Joyeux Noël et Bonne Année !
Craciun Fericit si la Multi Ani !
Il était une fois une petite source….
Elle est née un jour de septembre, lorsque de grandes machines bruyantes ont creusé la colline, pour construire près d'elle une grande maison.
Dans son nid des profondeurs, elle a rêvé de cet instant pendant des siècles. Après tout ce temps dans l'obscurité de la terre, les yeux tout éblouis par le soleil d'automne, elle saute et cabriole, toute heureuse de faire connaissance avec les nuages et les arbres qui se parent de jaune, d'orangé et de rouge. Elle traverse la plateforme toute neuve, puis se dirige vers le bas de la colline. Elle serpente à travers champs, elle roucoule d'allégresse, elle cascade en zigzag jusqu'à la rivière tout en bas, ébouriffée de liberté.
Mais après quelques jours, des hommes sont venus, qui ont construit des murs lui barrant le chemin. La petite source est bientôt prisonnière du chantier. Elle perd son élan, elle s'enlise dans une immense flaque boueuse derrière la nouvelle maison qui lui cache l'herbe, les arbres et le ruisseau.
Elle se sent laide et sale. Dans le vacarme des bétonnières, des marteaux et des perceuses, elle regrette amèrement de ne pas s'être réfugiée au plus profond de la colline, lorsque les grosses machines ont entamé le sol. Elle maudit sa curiosité, elle s'en veut d'avoir écouté les racines des fleurs qui lui disaient que c'était si beau de l'autre côté de la surface. Elle pleure de désespoir et ses larmes sont aussi brunes que la terre dans laquelle elles s'enfoncent.
Un jour enfin la maison est terminée, et la petite source rencontre ses nouveaux habitants, Radu, Valeria, Ionela leur petite fille et un superbe chat gris. En fait, au début, elle fait surtout connaissance avec le chat qui vient se désaltérer près du petit orifice qui lui permet de sortir de terre, là où son eau est encore claire.
C'est lui qui, le premier, lui adresse la parole :
Bonjour. Je te remercie de m'avoir offert ton eau délicieuse.
- C'était avec plaisir. Comment t'appelles-tu ?
- Attila. Et toi ?
- Je n'ai pas de nom.
- Pas de nom ?
- Il y a si peu de temps que je suis née. Et pourquoi me donnerait-on un nom, puisque je suis devenue une vilaine mare toute noire ?
- C'est vrai que tu es toute barbouillée. J'ai eu du mal à trouver un peu d'eau claire. Mais je suis sûre que Papa et Maman Chat vont arranger ça.
- Tu habites ici avec tes parents ?
- Papa et Maman Chat, c'est Radu et Valeria. Ils m'ont adopté quand j'étais tout petit.
En ce moment, il faut qu'ils installent ma corbeille et ma petite assiette bleue dans la
maison, alors ils n'ont pas le temps de travailler dehors. Mais je vais en parler à Ionela, la seule de mes Humains qui comprenne ce que je dis. Dans leur ancien jardin, un ruisseau coulait dans l'herbe. Et bien, avant qu'ils s'en occupent, il était aussi noir que toi.
- Alors, ils savent faire des miracles ?
- Non, ils savent jardiner. Et je suis sûr que tu redeviendras aussi limpide que leur ruisseau.
Alors je vais t'appeler Clairette.
Attila dit bien la vérité.
Dans le jardin, Radu, Valeria et même Ionela se mettent à l'ouvrage dès que la maison est rangée. Ils piochent, bêchent, organisent un petit bassin avec iris d'eau et roseaux, canalisent, bâtissent des berges bordées de fleurs multicolores. Ils guident peu à peu la petite source vers le fossé qui conduit à la rivière. Elle recommence à chanter et à bondir, enfin débarrassée de sa boue et de sa tristesse. Elle se réjouit qu'Attila l'ait baptisée Clairette.
Les jours s'écoulent dans le parfum des fleurs ou les étoiles de neige suivant les saisons.
Attila vient tous les jours saluer Clairette et tremper le nez et les pattes dans son eau joyeuse, soulevant de petits nuages de gouttelettes qui scintillent dans le soleil. Parfois il bondit d'une rive à l'autre en tourbillonnant, et tous deux se poursuivent jusqu'à la rivière, où Clairette prend un bain. Attila, comme tous les chats, déteste se tremper dans l'eau. Alors il attend patiemment Clairette en s'étirant dans l'herbe ou en jouant avec les papillons et les abeilles.
Valeria passe souvent, pour ôter les fleurs fanées ou en planter de nouvelles au printemps. L'hiver, elle casse la glace qui emprisonne parfois Clairette, et lui ouvre le chemin de la liberté.
Ionela fait voguer de petits bateaux de bois fabriqués par Radu, et la petite source prend bien garde à leur laisser un chenal tout calme pour qu'ils ne sombrent pas.
Mais un matin, au lever du jour, Clairette est réveillée en sursaut par un vacarme assourdissant. Elle reconnaît les moteurs des engins qui creusent les collines. Son cœur est tout serré, tant elle craint qu'ils ne la métamorphosent à nouveau en flaque de boue.
Attila arrive, les yeux encore pleins de sommeil :
Que se passe-t-il, interroge-t-il, d'une voix traînante ?
- Tu n'entends pas ? lui répond Clairette. Les monstres sont revenus. Ils vont encore me jeter dans une mare toute noire.
- Ne t'inquiète pas ! Papa et Maman Chat ne les laisseront pas faire.
- J'ai peur, j'ai peur ! C'était trop beau d'être ici avec toi et tes Humains. Décidemment, je n'ai pas de chance !
- Du calme, Clairette. Nous allons monter au sommet de la colline, pour voir ce qu'ils font.
- Tu sais bien que je ne peux que descendre les pentes. Comment pourrais-je grimper sur la colline ?
- C'est juste. Je vais aller voir tout seul et je reviendrai très vite te dire pourquoi ces machines sont venues là….
En moins d'une minute, Attila bondit tout en haut du chemin. Il n'en croit pas ses yeux. Jamais il
n'a vu d'aussi grandes et aussi bruyantes machines. Une multitude d'Humains, casqués et vêtus de combinaisons couleur de bouton d'or, s'agitent comme les fourmis du jardin. Ils entaillent la colline qui s'écroule pour ouvrir une immense tranchée sableuse parsemée de rocs dans le plus grand désordre.
Le paysage de sa promenade favorite est complètement saccagé. Il en est tout retourné. Il repart à pas lents, se demandant ce qu'il va pouvoir dire à Clairette. Car désormais, lui aussi craint le pire. Il ne peut tout de même pas lui mentir. Mais peut-il lui dire la vérité, après ce qu'elle a vécu, au moment de la construction de la maison ?
Soudain, il rebrousse chemin, se sentant incapable d'affronter tout de suite la grande peur de Clairette, alors qu'il est encore tout tremblant de ce qu'il vient d'observer. Il regagne la maison par le petit bois puis se glisse subrepticement à l'intérieur.
Radu et Valeria sont assis devant leur bol de café et parlent avec animation. Ionela dort, inconsciente du vacarme qui a envahi jusqu'à l'intérieur de la maison. Attila se réfugie dans sa corbeille, les pattes sur les oreilles, pour tenter de réfléchir.
Tu ne veux pas ton lait, Attila ? Serais tu malade ?
C'est Valeria qui s'inquiète, car le matin, habituellement, après quelques caresses de remerciements, Attila boit goulûment le lait tiède que Valeria verse dans sa petite assiette bleue.
Attila la fixe de ses yeux dorés, elle vient vers lui et le prend dans ses bras.
Je crois que j'ai compris, continue Valeria.
- Crois-tu qu'il soit malade ? interroge Radu.
- Non. Je crois qu'il a entendu les engins du chantier et que le bruit l'incommode.
- Il va pourtant devoir s'y habituer. Il y en a pour des mois….
Attila, soudain intrigué, se tourne vers Radu. Il sait donc quelque chose à propos de ce vacarme. Pourquoi ne lui en a-t-il rien dit ?
Mais Radu recommence à s'intéresser à ses tartines, sans lui prêter plus d'attention. Attila se renfrogne, saute des bras de Valeria et retourne sur sa couche.
Enfin Ionela ouvre la porte de sa chambre :
C'est quoi, ce raffut ?
- Tu sais bien, répond son père. C'est le chantier pour la nouvelle voie du chemin de fer.
- Ah ? murmure laconiquement Ionela en s'attablant devant son cacao. C'est gai, si je dois être réveillée en sursaut tous les matins !
- Bah ! Ce n'est pas si grave, s'esclaffe Radu. Comme ça, tu ne traîneras plus au lit les jours d'école. Et quand ce sera terminé, on pourra aller à la mer en moins d'une heure !
- Ça, c'est chouette ! Mais je te connais. On n'ira jamais.
- Mais si !
- Tu promets ?
- Naturellement ! Maintenant qu'on a un beau jardin, on pourra partir de temps en temps.
Attila est rassuré. Il n'est donc pas question de détruire la colline, ni le jardin, ni la maison. Et surtout pas question de venir déloger Clairette. Tout joyeux, il bondit dehors pour annoncer la bonne nouvelle à son amie.
Mais Attila s'est trompé sur un point :
En arrivant derrière la maison, il constate avec stupéfaction que dans le bassin et le lit d'écoulement de Clairette, il n'y a plus une seule goutte d'eau.
D'abord il pense qu'elle s'est cachée dans son trajet souterrain, à cause de sa peur. Il regrette de n'être pas venu vers elle tout de suite, en descendant de la colline. Il l'appelle, mais rien n'y fait.
Il miaule si fort que Ionela se précipite derrière la maison
Attila ? Qu'as-tu, pour crier ainsi ?
Elle se pétrifie en arrivant près du chat.
Où est passée Clairette ? Papa ! Maman ! Venez vite !
- Que se passe-t-il, Ionela ?
A leur tour, ils regardent, médusés, l'endroit où Clairette serpentait entre les fleurs, soudain atrocement vide. Ils restent silencieux un long moment, comme si Clairette, soudain, allait reparaître et se mettre à nouveau à chanter et à cabrioler.
Mais Clairette a bel et bien disparu.
Les jours suivants, voyant que la terre se met à sécher et à se craqueler, que les fleurs baissent piteusement la tête, là où la petite source avait créé un petit monde riant et coloré, ils décident de prendre rendez-vous avec le Géologue du chantier. Ce Monsieur, à l'air très savant, leur explique des choses très compliquées qui expliqueraient le tarissement de leur source, comme d'ailleurs celles de tous leurs voisins de la colline. Qu'il en est désolé, mais qu'on ne pouvait faire autrement avec ces filets d'eaux qui suivent les courbes de l'argile. La seule chose qu'ils comprennent cependant, c'est que Clairette ne coulera plus jamais dans leur jardin.
Attila les écoute très attentivement, lorsqu'ils l'expliquent à Ionela. Mais il se rend bien compte qu'ils se résignent à cette nouvelle situation qui est, disent-ils, la rançon du progrès, et que ce n'est pas si grave puisque la seule fonction de Clairette, c'était d'embellir le jardin. Attila, soudain, a une très, mais alors très mauvaise opinion des Humains.
Il boude leurs caresses pendant de nombreux jours, allant s'étendre dans le lit déserté de la source, avec un cœur plein de mélancolie. Il n'a plus envie de gambader, plus envie de chasser les souris du jardin. A tel point que ces dernières sont très inquiètes pour la santé de cet adorable chat, qui joue avec elles, sans jamais les blesser, et les laisse regagner leurs terriers, quand le jeu le fatigue. Et qui jamais ne fait le moindre mal à leurs souriceaux.
Souvent il monte au sommet de la colline, pour essayer de comprendre ce qui s'est passé. Il va même jusqu'à la nouvelle mare, au milieu du chantier, dans laquelle pataugent les machines. Il miaule le plus fort qu'il peut, pour appeler Clairette, mais sans succès.
Peu à peu disparaît le secret espoir qu'elle se soit réfugiée là, lorsque les Humains en combinaison bouton d'or lui ont coupé le chemin de la maison. Il continue, des mois durant à l'appeler, mais le bruit du chantier est tellement assourdissant qu'il n'est pas sûr qu'elle puisse l'entendre.
C'est ainsi qu'il assiste à la pose des rails et des caténaires, puis au passage des premiers trains.
Désespéré, il abandonne finalement ses recherches, et comme un chat ne peut vivre longtemps sans caresses, il se réconcilie avec ses Humains.
Radu et Valeria, mais surtout Ionela voient bien qu'Attila est très triste, même lorsqu'il ronronne. Alors un jour, en revenant de la ville, ils ramènent une adorable petite chatte blanche et rose, avec d'immenses yeux bleu clair.
Après s'être longtemps observés, les deux chats deviennent les meilleurs amis du monde. La douce gentillesse de Bibinusa, la petite chatte, aura finalement raison de la mélancolie d'Attila. Surtout, elle l'écoute avec beaucoup de compassion lorsqu'il lui parle de Clairette. Elle se frotte contre lui et lui fait un brin de toilette, puis ils ronronnent en chœur avant de sombrer dans de doux rêves, avec la petite source au milieu.
Laissons les ronronner, pour aller faire un tour sur le chantier. Car Clairette se trouve bien dans la mare qu'avait repérée Attila, en compagnie des autres sources de la colline, toutes tirées par les pieds par les engins redoutables, et jetées là, pèle mêle, sans le moindre ménagement. Elles sont tellement occupées à s'accrocher au bord de la mare, pour ne pas être entraînée par le tuyau béant, chargé de les recracher vers l'aval, dans la station d'épuration, qu'elles n'ont pas entendu les appels d'Attila.
Seules les eaux de pluie, habituées à bourlinguer avec les nuages, les fossés et les cours d'eau, se laissent entraîner sans protester.
Les petites sources, chacune regrettant son jardin, décident, Clairette en tête, de ne pas se laisser encore une fois malmener par les Humains, ceux du chantier surtout, dont, depuis quelques temps, elles ont une opinion très définitivement négative.
Et pendant qu'ils font une course effrénée contre le temps pour poser la voie ferrée, puis que les trains surchargés de voyageurs passent et repassent devant elles, avec le sifflement désagréable de la vitesse, faisant tourbillonner l'air qui soulève leurs eaux sans ménagement, elles décident de se révolter.
Comme, bien sûr, il est hors de question pour elles de faire courir le moindre risque aux voyageurs, elles attendent qu'un orage violent se déclanche, peu avant le passage du train de maintenance, qui, à basse vitesse, examine l'état des voies. Ce soir là, donc, elles sortent de la mare et attaquent le soubassement des rails. L'Humain de la maintenance, constatant les dégâts, ordonne immédiatement au train qui s'annonce de stopper, ce qu'il fait, en attendant que des machines spécialisées reviennent mettre de l'ordre.
Comme il y en a pour plusieurs heures, le train regarde autour de lui, content, pour une fois, de n'être pas obligé de filer à toutes roues sans rien voir, tant on le propulse vite entre Bucarest et la mer, puis entre la mer et Bucarest.
Clairette, cachée sous les rails dont elle a rongé le ballast, examine cet ennemi qui l'a séparée de sa famille d'adoption, et surtout de son ami Attila. Il n'a pas l'air si méchant que ça, maintenant qu'il est à l'arrêt.
Soudain, leurs regards se croisent. Clairette s'enhardit :
Bonjour, Monsieur le Train.
- Bonjour, Mademoiselle la Source.
- Je m'appelle Clairette. Enfin, c'est ainsi qu'on m'appelait, lorsque je coulais dans le jardin de mon ami Attila, le chat.
- Moi, je m'appelle Tigré Grande Vitesse.
- Quel drôle de nom, répond Clairette, en riant pour la première fois depuis sa mésaventure.
- Ce n'est pas moi qui l'ai choisi. J'aurais préféré Eclair, mais ce n'est pas moi qui décide. Dès que mon conducteur appuie sur un bouton, je roule ou je m'arrête, comme il veut.
- Alors je t'appellerai Eclair !
- Puis je me permettre une question, Clairette ?
- Je t'écoute, Eclair ?
- Pourquoi as-tu abîmé mes rails ?
Alors Clairette lui raconte toute l'affaire, et la situation tragique dans laquelle elle et ses amies, les autres sources, se trouvent à présent : choisir entre rester indéfiniment prisonnière de cette eau croupissante, envahie de moustiques et de grenouilles, ou se laisser glisser vers le broyeur en contrebas, qui les moulinera jusqu'à ce qu'elle n'aient même plus odeur d'eau vive. Sans compter que, lorsque les Réparateurs vont arriver, il y a de fortes chances pour qu'ils l'enterrent, définitivement, sous le ballast.
Eclair est très ennuyé d'être mêlé à une aussi triste histoire, surtout avec tous ces voyageurs, agaçés de ce contretemps, qui lui irritent le plancher des wagons, à force de marcher de long en large.
Il réfléchit aussi vite que le lui permettent ses nombreux circuits bourrés d'électronique, et le va et vient incessant des Humains qui l'incommodent, par leurs criailleries mécontentes.
Clairette, j'ai une idée !
- Quoi donc, Eclair ?
-
Toi et tes amies, accrochez vous solidement sous les wagons. Je vous emmène à la mer. Là-bas, vous serez bien, vous pourrez vous laisser bercer par le sac et le ressac, surfer sur les vagues pour vous laisser glisser sur la plage, poussées par le vent du large, caresser les poissons et les étoiles de mer, et même voyager vers l'Océan en suivant les courants.
- Tu ferais ça pour nous ? bredouille Clairette, les yeux noyés de larmes d'émotion.
- Normal !, répond le Train, on vous a délogées à cause de moi. Vous trouver une nouvelle maison, c'est bien le moins que je puisse faire !
- Merci, Eclair, merci, s'écrient toutes les sources en chœur, envoyant joyeusement des gerbes d'eau claire vers le ciel.
Sitôt dit, sitôt fait. Clairette et ses amies se glissent sous le train et s'entortillent tant bien que mal autour de chaque aspérité.
Naturellement, les Réparateurs, qui ne savent pas distinguer les eaux pluviales des eaux de source, concluront à un léger glissement de terrain provoqué par l'orage.
Dès la réparation terminée, Eclair redémarre et, comme promis, dépose Clairette et les autres sources au bord de la Mer Noire, à l'occasion du ralentissement obligatoire avant l'entrée en gare, juste à l'endroit où la pente permet de se glisser directement dans les vagues.
Inutile de dire qu'une nouvelle vie commence pour les petites sources de la colline, pleine de jeux et de rire, même si Clairette pense souvent à Attila avec un petit pincement au cœur.
Attilahabite toujours la maison de la colline. Depuis le départ des sources, à la suite d'une terrible sècheresse, la terre a continué à se fendre, à se craqueler et les arbres sont devenus misérables, les fleurs ne poussent plus et la maison a commencé à se fendre. Pas beaucoup, mais juste assez
pour que Radu, Valeria et Ionela, qui a grandi, doivent passer tous leurs loisirs à la réparer. Attila et Bibinusa voudraient bien les aider, mais ils n'ont jamais appris la maçonnerie. Les souris sont parties installer ailleurs leurs terriers, près de la rivière.
C'est bientôt Noël, et Mos Craciun, malgré tout le travail que lui donne cette période de l'année, ne peut s'empêcher de regarder longuement ce qui se passe dans la maison de la colline.
Radu,très fatigué par les incessantes réparations, s'assied, songeur, devant la Ciorba de Burta que Valeria lui a préparée. Il adore ça, mais il n'a pas vraiment d'appétit. Ionela et sa mère discutent sans entrain des mets à préparer pour le Réveillon.
Navré, Mos Craciun décide de faire une entorse au règlement, pourtant strict de la distribution des cadeaux.
C'est ainsi que, le matin, en s'éveillant, sous un sapin apparu comme par magie, la petite famille découvre un billet de train, aller et retour, pour deux adultes, un enfant et deux chats, destination : la Mer Noire.
Les valises, le panier des chats sont préparés avec entrain, ils se précipitent à la gare, car le billet est pour le prochain départ de train….
Un peu avant la gare de la Mer Noire, là ou il a déposé les sources, Eclair - car c'est lui que Mos Craciun a choisi pour ce voyage - s'arrête et prie Radu, Valeria, Ionela, Attila et Bibinusa de descendre. Ils s'étonnent de n'être pas conduits jusqu'à la ville, mais ils rassemblent leurs bagages et se retrouvent sur la plage de galets ronds.
Perchées sur les vagues de la Mer, les petites sources font de telles cabrioles de joie, qu'elles envoient vers le ciel des geysers d'eau cristallines, irrisées par le soleil couchant qui clignote pour en faire un arbre de Noël extraordinaire, pour un Noël extraordinaire. Même si Noël, c'est dans quelques jours seulement.
Clairette se glisse vers la plage pour faire un petit clin d'œil à Attila, faute d'avoir le droit de révéler aux Humains que sources et chats savent se parler. Attila lui miaule en retour un petit message de tendresse. Il promet ainsi qu'il reviendra la voir dès que possible.
Très content que Clairette soit enfin
heureuse, car il serait bien étonnant que les Humains en combinaison bouton d'or parviennent à assécher la mer, après un dernier miaulement suivi d'un ronron retentissant, il rejoint Bibinusa dans les bras de Ionela.
Clairette se laisse glisser dans l'eau salée. Traversant gracieusement les moutonnements de l'eau, , le coeur plein d'allégresse, elle rejoint les autres sources. Tout à l'heure, quand Eclair reprendra la voie de Bucarest, elle lui fera un signe d'amitié.
La nuit de Noël est arrivée. Ecoutez ! Ces Colinde que vous entendez, ce sont Clairette et ses amies qui les chantent, pour dire un grand merci à Mos Craciun. Elles les ont apprises pendant leur séjour dans les maisons de la colline…. Ces maisons de la colline d'où s'élèvent les mêmes chants de Noël, destinés aussi à Mos Craciun, mêlés à des miaulements un peu discordants.
Mais qui prend le temps d'enseigner le chant aux chats ?
© Texte et illustrations : E.Roussel