En Roumanie, le paysage des montagnes est modelé par le passage des troupeaux de moutons qui, depuis des temps immémoriaux, tracent, dans des prairies, des sentiers qui épousent étroitement le relief de la terre presque à nu, parsemés ça et là de bosquets d'arbres ou de rochers offrant leur ombre aux bergers.
Les brebis donnent leur lait et leur laine. Après les tontes, la laine qui n'est pas vendue arrive dans les maisons et est confiée aux femmes, qui la lavent soigneusement, la portent dans un atelier de cardage, et parfois de filage.
Mais souvent elles la filent elles-mêmes, eutilisant un fuseau souvent taillé dans une simple branche d'arbre. Et c'est un spectacle courant, dans le Maramures, de voir les femmes emmener leur quenouilles dans tous leurs déplacements dans le village.
Elles la teintent, autrefois avec des couleurs végétales, aujourd'hui la plupart du temps avec des teintures industrielles, ou la gardent naturelle, blanche et noire.
Partout circulent des modèles locaux de tissage, avec des motifs traditionnels, qui sont soit copiés, soit le plus souvent réinterprétés, pour faire jaillir sur les métiers à tisser, qui eux aussi circulent de maison en maison, un feu d'artifice de formes et de couleurs en forme de tapis, plus souvent tendus au mur que posés au sol, d'étoffes pour la maison ou des vêtements traditionnels. Il existe aussi des ateliers locaux de tissage, anciennes coopératives de l'ancien régime ou initiative privée.
Les tapis, qui utilisent avec beaucoup de bonheur les motifs traditionnels, sont vendus à Bucarest, dans des magasins plus ou moins spécialisées destinés aux touristes, sans doute plus rarement à ses habitants, ou dans les régions, dans des coopératives artisanales et sur les lieux touristiques, parfois dans des échoppes privées ou chez des paysans, pour des sommes dérisoires compte tenu du travail que représentent ces productions.
Il est très utile, pour qui s'intéresse à cette forme d'art populaire, de regarder à l'intérieur des maisons des Musées du Village, de visiter quelques musées ethnographiques, dont le Musée du Paysan Roumain de Bucarest, mais aussi des musées régionaux, pour apprendre à reconnaître les différents styles régionaux, d'ouvrir les yeux, lorsqu'on a la chance d'être invité chez des paysans roumains, dont les maisons sont les dépositaires de la tradition au quotidien et ne pas succomber au charme de tapis sans caractère spécifiquement roumain, comme on en voit des cohortes dans certains des lieux les plus fréquentés par les touristes et sur les marchés locaux…
Mais n'en est il pas de même dans tous les pays du monde ?
© Photos : Cyril Simon - Laurent Beaudet -Eliane Roussel