On reste toujours lié par le cordon ombilical de son pays natal, et le mal du pays est une maladie qui ne guérit jamais.
Une expression roumaine dit que « C'est mal avec le mal, mais c'est pire sans le mal ! ». Et cela peut s'appliquer au syndrome de l'immigration. Vivant en Roumanie, on est mécontant, on critique, on souhaite vivre ailleurs ; une fois arrivés en Occident, dans la Terre promise, on découvre que celle-ci ci n'est pas parfaite non plus, et que le bien être matériel ne peut remplacer celui spirituel.
J'ai connu un Roumain qui est parti en France apres la guerre, et qui a réussi sa vie, avec un travail acharné et grace à son talent. Mais la réussite matérielle ne lui a suffit pas. Comme Cioran, il n'est jamais rentré en Roumanie de peur de voir ce qu'elle est devenue après des années de communisme. Il a aimé la France, sa terre d'asile qui lui a offert des opportunités qu'il n'aurait jamais eu en Roumanie. Mais il a gardé toute sa vie dans son coeur l'image de la belle et riche Roumanie de l'entre-deux-guerres, la Roumanie de sa jeunesse. A quatre-vingts ans, tout seul dans son élegante résidence au bord de la Manche, il écoutait la musique de Ioana Radu et déployait ses souvenirs de jeunesse. Jusqu'avant sa mort, dans l'hopital Salpetrière de Paris, il se croyait à Bucarest, et parlait roumain aux infirmières qui ne comprenait mot...