La petite église "de Tous les Saints" de Parhauti, fondée en 1552, se trouve en Bucovine, à l'écart des grands axes, et suscite moins d'intérêt que les autres églises peintes de la région de Suceava.
Fondée en 1522 par le logothète Gavril Totusan de Roman, elle ressemble à un vaisseau posé en plein champ.
Sa façade ouest, où se trouve l'entrée, présente une des caractéristiques de l'architecture moldave du XVIe siècle, un exonarthex (porche) surmonté d'un étage servant de clocher, complétement intégré dans le volume de l'église.
Le plus ancien portique ouvert se trouve à Arbore (1503). Il marque une mutation profonde dans la civilisation roumaine, par l'ouverture de l'espace sacré sur le monde profane.
A l'origine il était destiné aux repas rituels servis à la mémoire des morts.
Cette innovation architecturale aboutira aux porches ouverts de Humor (1530) puis de Moldovita (1534). Cela coïncide avec la "sortie" de la peinture murale à l'extérieur de l'espace consacré de l'église
L'exonarthex de Parhauti est orné de peintures, tant sous les arcs des ouvertures, que sur les murs et la voûte en berceau. Elles sont, dans l'ensemble bien conservées.
Leur facture est vigoureuse, le dessin d'une grande netteté, la gamme chromatique est particulièrement riche et nuancée.Leur éclat, auquel contribue l'emploi des dorures, ne porte jamais atteinte à l'expression humanisée des personnages.
Les scènes bibliques sont présentées dans des tableaux limités par de simples traits réctilignes, mais sur les murs, ils sont doublés par des encadrements décoratifs.Une petite porte en bois donne accès au naos de l'église. Il n'y a pas d'absidioles. De petites fenêtres dispensent une lumière diffuse. Les murs sont entièrement couverts de fresques.
LES PEINTURES DU NAOS
La plupart des églises qui se sont ouvertes vers l'extérieur, comme celle de Parhauti, sont généralement placées sous le signe de la Vierge.
L'esprit de l'époque transparaît clairement dans le mode de représentation du cortège de saintes qui occupe le registre inférieur du pronaos.
Une procession de femmes, dont le gracieux modelé arrondi, mais ferme, du visage, dégage une impression de vie intense.
On reconnaît ici la mutation de l'époque de Petru Rares en ce qui concerne la représentation humaine.
Les personnages perdent le côté byzantin hiératique et un peu rigide, pour acquérir un côté humain plus saisissable, en harmonie avec l'ouverture de l'espace sacré vers le monde extérieur, et la modification des messages transmis.
Il est vrai que cet art pictural coïncide avec le début de la Renaissance italienne, dont on peut déjà noter une certaine influence sur les peintres moldaves.
Comme dans toutes les églises ouvertes sur l'extérieur, au lieu des cohortes de Saints qui présentent des écrits sacrés, apparaissent les Saints militaires qui sont les véritables ambassadeurs auprès du peuple, pour le soutenir dans la lutte anti-ottomane.
Les livres d'images que constituent les peintures extérieures des églises et monastères, prennent peu à peu une fonction pédagogique, incitant les fidèles à aider le voïvode dans la défense du Chistianisme contre l'expansionnisme de l'Islam.
LES FRESQUES DE L'ALTAR ( Sanctuaire )
Dans l'altar, où seuls les hommes ont le droit de pénétrer, on touve les processions de Saints, porteurs des écrits sacrés tout autour de l'abside.
Les personnages retrouvent un style typiquement byzantin, en dépit du dessin plus humanisé du visage et du mouvement légèrement incliné de la tête.
PIETA VOTIVE DU NAOS
Bien que touché par les repeints, le tableau votif du fondateur témoigne de remarquables qualités picturales.
La composition, l'attitude du Christ et de la Vierge, évoquent Fra Angélico.
BIBLIOGRAPHIE
Razvan THEODORESCU : BUCOVINA - La peinture murale moldave aux XVe-XVIe siècles - Ed. Commission Nationale de la Roumanie pour l'U.N.E.S.C.O. ( Bucarest ) 1994
Vasile DRAGUT : La peinture murale de la Moldavie XVe - XVIe siècles - Editions Meridiane ( Bucarest ) 1983