Cimitirul vesel est un vrai cimetière, celui du village, où les inhumations continuent à avoir lieu. Le jour où nous l'avons visité, trois jeunes gens creusaient une nouvelle tombe, en écoutant des musiques occidentales entraînantes sur une radio portative. Ils riaient, chantaient et nous ont convaincus que ce cimetière avait un effet magique et méritait bien son nom...
La foi en une vie éternelle qui est un des fondements de la religion chrétienne, fait que ce passage, malgré le cortège de souffrance des proches du défunt, est très forte en Roumanie. D'ailleurs le défunt reste avec sa famille et ses amis jusqu'au moment de l'inhumation, puisque le cercueil n'est fermé qu'à ce moment là.
Les rites funéraires sont très importants en Roumanie. La mort n'est pas, comme en Occident, une séparation inacceptable. Elle fait partie de la vie, mais le mort est assigné, après ses obsèques, à une place bien précise, un peu à l'écart, il faut bien que la vie continue. On ne brûle pas les cierges pour les vivants et pour les morts dans le même lieu. Une ancienne coutume consiste à percer avec une épingle la peau du défunt, pour qu'il ne revienne pas hanter les vivants. Dès le décès, le travail de deuil est "programmé", pour que les survivants soient aidés à passer le cap difficile de la perte d'un être cher.
Pendant le repas de funérailles, on parle du mort, de ses qualités, mais aussi de ses travers, et les épitaphes du Cimetière Joyeux ne sont que l'expression, sur la croix funéraire, de ce qui s'est dit aux enterrements. Ce réalisme, sincère et tendrement piquant, qui parle vraiment du disparu, exactement comme il était dans la vie, mais avec beaucoup de tolérance et d'humour, est une grande leçon pour nous, qui ne reconnaissons plus ceux que nous aimions, dans les discours traditionnels, seulement élogieux, qui accompagnent leur départ...
Quant aux images, elles représentent le mort dans ce qui fut sa vie, en famille, dans les gestes de leur vie professionnelle ou de laur vie privée, évoquant, soit leur vécu, soit l'instant précis de leur disparition, selon les voeux de la famille.
Les morts accidentelles, brutales et inattendues sont plus difficiles à accepter. Alors, elles sont plus souvent mises en scène que celles qui sont dues à la maladie ou la vieillesse.
Les croix contemporaines mettent aussi en scène la vie du disparu. Mais elles ont cessé de représenter la vie d'hier pour parler de celle d'aujourd'hui. Tacteurs, camions et voitures ont droit de cité, à côté des attelages de chevaux, des métiers à tisser et des flutes de Pan....
Stan Ion Patras est le fondateur du cimetière joyeux de Sapanta, en 1935. Sa maison mémoriale se trouve non loin du cimetière et peut être visitée.
Un film documentaire de TVRI montrait, il y a peu d'années, l'atelier du peintre d'alors. Des portraits avaient été réalisés à l'effigie des plus hauts dignitaires de l'ancien régime....
© images Juby
Voir aussi les albums photos du cimetière joyeux.