STAGE D'INITIATION A LA PEINTURE D'UNE ICÔNE SUR BOIS
(c) E. Roussel |
J'ai été immédiatement séduite par la possibilité de faire un stage d'initiation à la peinture d'icônes et à la sculpture sur bois, au cours d'un petit surf sur le Web.J'ai donc prévu un séjour de 15 jours, ce qui était un peu juste pour tout ce que j'envisageais de faire.
Et même si j'ai prolongé de trois jours au lieu des quatre ou cinq qui auraient été nécessaires, la reprise de mon activité professionnelle ne me laissait pas le loisir de rester davantage…Je rencontre dès le premier jour Cristi et Viorica. Cristi peint sur bois et sur verre, Viorica, sur verre. Un coup d'œil rapide à leurs œuvres respectives me fait immédiatement penser que je me suis montrée un peu optimiste quant à mes propres possibilités.J'ai déjà manié des pinceaux, en dilettante, depuis mon adolescence et, de temps à autre, je fais un peu de peinture décorative dans ma maison, mais là, cela risque d'être une autre histoire….
Prudemment, j'explique à Cristi, qui n'est pas dupe, que je voudrais seulement apprendre la technique, mais sûrement pas peindre une icône. Je propose, en quelque sorte, une expérience scolaire dans le genre cours technique particulier.....Mais Cristi tient bon, je dois peindre une icône. Et non seulement je dois la peindre, mais je dois réaliser mon icône de A à Z…. Gentiment, mais fermement. Alors je me suis lancée, et je n'ai pas regretté une seule fois de l'avoir fait.Pour le travail d'abord : C'est une aventure étonnante et enthousiasmante d'être obligée de laisser au vestiaire, tout ce qu'on a appris sur la peinture, à l'école ou dans les différents manuels dans lesquels on cherche un peu de savoir sur les techniques picturales… Cristi est un maître exigent, mais si gentil et tolérant qu'on aurait envie de bien peindre, rien que pour lui faire plaisir, et il sait toujours encourager son élève justement dans les moments où on commence à se sentir un peu dépassé par les difficultés…C'est très motivant, parce que, tout compte fait, ce n'est pas un apprentissage très facile…mais, avec un peu de persévérance, on obtient, contre toute attente, des résultats tout à fait acceptables…
Nous avons travaillé dans le jardin, chaque fois qu'il faisait beau, sinon dans la maison, avec de très belles musiques, mais aussi des conversations à bâton rompu sur toutes sortes de sujets.Cristi peignait, je regardais, écoutais et filmais son travail. Puis il me donnait le pinceau, et je m'appliquais à retrouver ses gestes, dont je devais faire l'apprentissage.
Sa méthode d'enseignement m'évoquait celle de Socrate, avec qui le disciple devait construire sa propre démarche, par l'observation de celle du maître, ce qui nous conduit à faire confiance à notre propre capacité de création. Avec des hauts et des bas, avec des ratés, avec parfois de satisfaisantes réussites, avec beaucoup de concentration et de tension intérieure, pour essayer d'éviter les maladresses, autant que possible…
Et, comme par miracle, Viorica arrivait dans ces moments difficiles, avec son sourire réconfortant et une tasse parfumée de tisane de lavande, et je pouvais m'accorder une petite récréation. Et je pouvais aussi m'accorder le plaisir d'une petite cigarette, même si cela ne faisait pas partie des habitudes de la maison...Nous bavardions un moment en roumain (une langue dans laquelle je n'excèle pas mais nous nous comprenions), ou je la regardais peindre avec beaucoup de soin, de merveilleuses icônes sur verre, avec de la peinture à vitrail qui faisait chatoyer la lumière. ce qui n'est pas une technique traditionnelle.
Je respirais avec délice l'odeur de l'herbe et des fleurs, je filmais les bébés canards mangeant leur pâtée, je suivais du regard les jeux de Tsu-Tsu (prononcez Tsou-Tsou ), et surtout, je me faisais apprivoiser par le chat de la maison, un chat trouvé sans nom, mais qui pour moi est devenu « Mimi-chat ». Parfois, il venait sur mes genoux, pendant que je peignais, ou venait simplement me dire bonjour, pour repartir ensuite à ses occupations de chat. Et si, occupée par mes couleurs, j'oubliais de le saluer, il boudait de longues heures, et je devais déployer des trésors de patience, pour reconquérir son estime. La réconciliation se traduisait par un long séjour sur mes genoux, avec beaucoup de ronrons.Le jardin était très agréable, plein de fleurs, de légumes et de chants d'oiseaux.
Nous avions aussi parfois la visite de Hannah et de Marthe, des petites filles qui séjournaient dans le même hébergement que moi, et Hannah ne rêvait que de prendre aussi un pinceau et peindre son icône. C'est ce qu'elle a fait, en participant à un atelier de peinture que Cristi animait au village voisin.
Bien que le travail de peinture soit prenant, je me sentais en vacances, avec en plus le plaisir de cette qualité de relation et de convivialité qui, en Roumanie, se faufile toujours en filigrane dans les mots échangés les plus simples, dans les moindres gestes du quotidien.Je ne sais ce qui m'a le plus rendu heureuse, de mes efforts couronnés par la satisfaction d'avoir réussi ce dont je me croyais incapable, c'est à dire peindre et ramener chez moi une véritable icône traditionnelle, ou du chaleureux accueil et des encouragements de Cristi et de Viorica.
J'ai ramené mon icône inachevée. Mais j'ai rapporté quelques pigments colorés et de vinaigre de Mizil pour la terminer....
Eliane Roussel